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"Fantômes romantiques", trois nouvelles allemandes

Challenge Halloween de Lou & Hilde: La maison hantée

Ma première lecture du challenge est un recueil de trois nouvelles d'écrivains allemands intitulé "Fantômes romantiques".

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Ces trois nouvelles sont:

- "La mendiante de Locarno" d'Heinrich von Kleist

Un aristocrate piémontais est hanté par le fantôme d'une vieille femme autrefois victime de sa dureté de coeur.

- "La maison déserte" d'E.T.A. Hoffmann

Un jeune homme s'éprend d'une mystérieuse jeune femme apparue à la fenêtre d'une maison apparemment déserte.

- "Sortilège en automne" de Joseph von Eichendorff

Le Chevalier Ubaldo se perd dans les bois et fait la rencontre d'un ermite qui dit se terrer dans la forêt pour expier un grave péché. Le Chevalier se prend de sympathie pour l'ermite et parvient un jour à le faire venir en son château et à lui faire raconter l'histoire de sa vie.

Les trois auteurs rassemblés dans cet ouvrage font partie des grandes figures du romantisme allemand. Ce mouvement littéraire est pour moi un mélange de contemplation et de mysticisme. En effet, parmi les thèmes régulièrement mis à l'honneur figurent la nature, la nostalgie, le psychique, le surnaturel...

Les trois nouvelles du recueil traitent de ce dernier domaine puisqu'il est question de femmes fantômes hantant des hommes, mais chacune à leur manière.

Chez Kleist, l'homme est rattrapé par une faute passée et on ne sait pas si le spectre est un esprit vengeur ou plus simplement l'ombre de sa culpabilité. La nouvelle est très brève (6 pages) mais est efficace dans sa construction narrative, renforcée par une écriture rythmée, presque syncopée. Kleist nous emmène dans une spirale infernale, on sait d'emblée que cette histoire connaîtra une fin tragique. Ce sentiment de lire la chronique d'une catastrophe annoncée met en lumière la grande modernité de Kleist. C'est ma nouvelle préférée parmi les trois.

Chez Hoffmann, l'homme est obsédé par une femme dont il imagine beaucoup à partir de très peu, il se laisse noyer dans cette passion amoureuse à la fois dangereuse et merveilleuse. Le poids du fantasme et une obscure histoire de moeurs sont les clefs de cette énigme. J'ai certes trouvé le propos très intéressant, mais la narration trop longue et le style trop recherché, presque précieux. Comme tu t'en doutes, c'est la nouvelle que j'aime le moins. Cependant, je ne connais pas l'oeuvre d'Hoffman (oui, en treize ans d'apprentissage de l'allemand, j'ai réussi à y échapper!) et il me parait délicat de la juger uniquement à partir de cette nouvelle. Ça reviendrait un peu à juger Maupassant uniquement sur "Le Horla" (que j'aime pourtant beaucoup).

Chez Eichendorff enfin, l'homme est victime des charmes trompeurs d'une sorcière fantôme (le titre de la nouvelle est révélateur) qui le condamne à vivre dans les bois. Cette histoire m'a fait penser dans une certaine mesure à la légende du Val sans retour où la Fée Morgane enfermait ses amants infidèles. Pour moi l'intérêt de cette nouvelle réside dans la dualité qu'offre le personnage de l'ermite, qui est hanté par une passion morbide et par les remords, et celui d'Ubaldo qui semble incarner l'homme juste et bon. Il y a comme un jeu de miroirs entre ces deux "frères" dont on peut se demander s'ils ne sont pas les deux facettes d'un seul homme, entre vie rêvée et vie réelle.


La conclusion de tout ceci:

Le recueil est intéressant dans la mesure où il nous montre trois visages du romantisme allemand, très différents, partant pourtant d'une base commune.

En ce qui concerne la subtilité du langage, pour être honnête sans la jouer snob, je pense qu'il faut être germanophone pour l'apprécier. Le style romantique faisant dans le (micro) détail, les textes regorgent de subordonnées et d'adjectifs, ce que je trouve assez lourd mais qui passe étonnament mieux dans la langue de Goëthe (et si toi aussi tu as fait LV "Chleu", tu sais bien que les teutons sont les champions de la phrase à rallonge!).

L'ouvrage se lit vite, bien que j'ai du appréhender la nouvelle d'Hoffmann en diagonale sans quoi je piquais sérieusement du nez (sacrilège: je sais, j'expie), et la dimension psychologique de chaque nouvelle est ce qui fait le sel de cet ouvrage; l'aspect fantastique quant à lui n'effraiera pas intensément le lecteur du XXIe siècle...

Commentaires

  • Je ne désespère pas d'avoir un jour le niveau pour lire les romantiques dans la langue de Goethe... il y a du progrès à faire mais je vais bien finir par y arriver aidée de ma moitié allemande :) Tu m'intéresses beaucoup avec ce choix de textes, je dois en avoir certains dans des recueils, je vais chercher !

  • Je t'avoue Lou que sur certaines pages, j'étais bien contente d'avoir la traduction française d'un côté! Mais ne désespère pas effectivement, quelle meilleure motivation que d'avoir un allemand à la maison pour apprendre la langue? Perso, je n'en vois pas ;-) Bonnes soirée!

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