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Je suis Charlie

Comment en parler? Comment ne pas en parler?!

La semaine dernière, notre pays a traversé trois jours d'horreur totale et j'espère de tout mon cœur que le massacre s'arrête là, même si j'ai de nombreux doutes. 

Sur ce blog, je te parle le plus souvent de bouquins et de films, parfois de bricolage, de cuisine ou de beauté. Des sujets plutôt légers, et jamais je n'ai réellement parlé de politique ou de religion mais aujourd'hui, je crois que ça s'impose. Alors d'accord, je ne suis personne, je ne me revendique spécialiste ou porte-parole de rien du tout, je suis une simple citoyenne française qui a un grand besoin d'échanger avec son prochain sur ces trois jours cauchemardesques.

Un cauchemar, figure-toi que c'est ce que j'ai ardemment souhaité en me levant jeudi matin. Je me suis dit que cette boucherie de la rue Nicolas Appert ne pouvait pas être vraie. En ouvrant la télé sur BFM, mes espoirs fous n'étaient plus permis: les frères Kouachi avaient braqué une station service et étaient traqués par nos forces de police et de gendarmerie.

J'ai mal quand je pense à l'équipe de Charlie Hebdo décimée froidement, à ces illustrateurs de génie, "la fine fleur des caricaturistes" comme l'a dit si justement Michel Onfray. Quelles que soient nos convictions politiques et religieuses, je pense que l'immense majorité d'entre nous a, au moins une fois dans sa vie, ri devant un dessin de Charlie Hebdo, d'où la grande affection populaire pour ces "sales gosses" irrévérencieux, et l'immense affliction nationale quant à leur disparition.

 

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Exemple de une qui m'avait fait marrer

 

Je regardais jeudi soir sur Arte le documentaire consacré à Georges Wolinski "J'étais un sale phallocrate", que je conseille d'ailleurs, et une peine immense me submergeait en voyant cette bande de copains rigolarde en train de partager un couscous: Philippe Val, Wolinski, Cavana et Cabu. Ne reste plus aujourd'hui que Val, Cavana (disparu le 29 janvier 2014) n'aura pas eu à être témoin de cette infamie.

Je me demande ce que les membres de l'équipe ont pu penser en voyant les deux assassins entrer dans la pièce. Est-ce qu'ils se sont dit "Ça y est, ça arrive vraiment"? J'espère seulement que ceux qui y ont laissé la vie n'ont pas eu le temps de souffrir et je compatis sincèrement avec les survivants qui auront à avancer avec ce traumatisme, ainsi qu'avec les familles et les amis de toutes les personnes assassinées pendant ces trois jours. Je pense à Patrick Pelloux, dont j'ai partagé les larmes dans cette interview, à la dessinatrice Coco qui a été contrainte sous la menace d'ouvrir la porte du journal, à Laurent Léger qui expliquait à la télé avoir l’impression d'être un robot depuis les événements.

Je n'ai même pas envie de parler des terroristes. Qu'aurai-je à dire de pseudo-humains qui tirent sur des personnes non armées (femmes et personnes âgées incluses, rappelons que Wolinski avait 80 ans et Cabu aurait eu 77 ans aujourd'hui), quand bien même elles sont de dos (Clarissa Jean-Philippe) ou à terre (Ahmed Merabet). Ce sont des lâches, ils ne méritent pas qu'on parle d'eux.

Et pourtant on y est bien obligé malgré nous. Car maintenant, il faut comprendre pour combattre.

Ces attentats nous font nous poser tout un tas de questions: était-on suffisamment conscient du risque terroriste en France? Que veulent au juste ces djihadistes qui commanditent des attentats à des milliers de kilomètres de chez nous? Comment des personnes comme ces trois terroristes peuvent-ils tomber dans ces organisations? Y a t-il eu un manque de volonté politique concernant la question du terrorisme? La suppression des RG sous l'ère Sarkozy était-elle une bévue? Ne faut-il pas s'interroger sur les investissements français du Qatar quand le gouvernement de celui-ci semble fermer hermétiquement les yeux sur les millions qui partent du pays pour arriver dans les poches des terroristes?  

Et comme nous ne voyons qu'un minuscule morceau du puzzle mondial, on n'a pas fini de se poser des questions.

En rapport avec cette dimension globale, je n'oublie pas que les djihadistes font des victimes partout dans le monde, et qu'hélas certaines populations vivent chaque jour dans la terreur que nous venons d'expérimenter, et que ces fous s'en prennent à leurs propres frères musulmans (un exemple ici). "Juifs, croisés et infidèles" sont leurs cibles selon leurs propres termes. En fait, à partir du moment où tu n'es pas d'accord avec eux, tu signes ton arrêt de mort.

Ces gens semblent ignorer que le Coran reconnait la sacralité des textes fondateurs du Judaïsme et du Christianisme: Sourate 2, verset 136 : « Nous croyons en Allah et en ce qu’on nous a révélé, et en ce qu’on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus [d'Israël], et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes Soumis. ». Je ne m'étendrai pas sur la question, me situant vraisemblablement dans la catégorie "mécréante", je n'ai pas de leçon de théologie à donner. 

Cela dit, et c'est là où je voulais en venir: les "têtes pensantes" des organisations terroristes sont des mystificateurs qui dénaturent un message religieux à leur profit. Ainsi, ils endoctrinent des esprits jeunes et/ou faibles qui leur serviront, une fois qu'on leur aura bien farci la tête de conneries, de chair à canon.

J'ai une pensée affectueuse pour mes amis musulmans qui n'ont rien de commun avec ces fous furieux, avec qui j'ai toujours pu parler de tout de manière très ouverte, sans sentir de malaise ou de jugement (mais après tout, c'est cela l'amitié). Je tente aussi, dans la mesure du possible, de me mettre dans leurs baskets. Je me dis que si on prenait ma foi comme prétexte à la barbarie, je me sentirais salie et insultée dans ce qui serait pour moi sacré.

 

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Ce dessin du brésilien Carlos Latuff résume très bien mon sentiment

 

Et j'ai peur, comme beaucoup de mes compatriotes, qu'un amalgame ne s'installe dans les consciences entre islamistes et musulmans. Je crois, et j'espère, que notre nation peut sortir grandie et unifiée de ces attentats, que l'on puisse se serrer les coudes pour envoyer un gros bras d'honneur aux djihadistes où qu'ils soient.

Je ne polémiquerai pas sur ce que le gouvernement doit faire ou ne pas faire. Le terrorisme a des racines tellement diverses que je me le représente mentalement comme une hydre dont il faudra couper les multiples têtes. 

Alors oui, la France a du pain sur la planche. Mais j'ai foi en mon pays, en sa population qui ne cède pas à la peur, en ses forces de police et de gendarmerie qui ont démontré leur courage et leur efficacité dans cette épreuve (une pensée spéciale pour ma belle-sœur policière!).

 

Et tu sais quoi? Demain, j'irai acheter Charlie Hebdo!

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