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classiques littéraires - Page 2

  • How I met Marguerite Duras

    Catégories : Films, Livres

    Je te préviens d'emblée ami lecteur: ce billet n'a strictement aucun rapport avec la série "How I met your mother", et ma rencontre avec Maggie a été unilatérale et purement littéraire car elle est décédée, paix à son âme, en 1996 (Je sens que je viens de perdre 73% de mon lectorat sur ce coup là).

    Vois-tu, j'ai découvert Marguerite Duras sur le tard. J'ai fini il y a peu mon premier roman d'elle, "L'amant", ce livre culte qui lui a valu le Prix Goncourt en 1984. Que n'avais-je donc point lu Duras jusqu'alors? Tout simplement par bêtise ami lecteur. J'avais un mauvais à priori de son oeuvre, on m'avait vendu "L'amant" comme du nanar érotique déguisé en oeuvre majeure, et Pierre Desproges susurrait à mon oreille: "Marguerite Duras n’a pas écrit que des conneries… Elle en a aussi filmées!". Et là je me rappelle une ligne de conduite cruciale dans la vie: il ne faut jamais, ô grand jamais, se fier à l'avis d'autrui! Bon évidement, il faut le prendre en considération, mais ne fonder son jugement en définitive que sur son expérience propre.

    J'ai heureusement pu rectifier le tir en regardant le film qui est passé il y a quelques semaines à la télé. A la base, j'étais plus appâtée par le fait que ce soit un film de Jean-Jacques Annaud, un orfèvre de l'adaptation cinématographique (y a qu'à voir "Le nom de la rose")... et puis après j'ai pris ma claque! Ce film m'a ensorcelée, je suis restée dans son atmosphère pendant plusieurs heures, j'ai même pleuré à la fin. Oui, tu as bien lu, moi Glorifine Loquace, habituellement imperméable aux films émouvants, j'ai versé ma petite larme: j'étais boul-vers-si-fiée!

     

    Extrait vidéo des fois que tu aurais vécu dans une grotte pendant les années 90 (ce serait dommage, c'était sympa) et que tu ne verrais pas de quoi je parle. Attention, ceci est la scène finale (où j'ai brait), à ne pas visionner si tu n'as pas vu, mais que tu souhaites voir le film!

    Et puis comme le film m'a plu, je me suis dépêchée de me procurer le bouquin d'occasion que j'ai avalé vite fait. Alors quid du film et du roman?

    La base -> le roman

    Le style de Duras est assez déroutant de prime abord. Elle s'exprime dans une langue simple, avec un rythme saccadé, elle alterne les narrateurs (la jeune fille et l'auteur, spectateur-narrateur en retrait). Ce qui surprend au début du livre devient ensuite étonnament ce qui nous fait rentrer plus rapidement et plus intimement dans l'histoire. On est avec la jeune fille, on partage ses pensées, ses impressions diffuses, ses douleurs familiales, sa découverte de l'amour, et même, déjà, son voeu d'écrire. Duras se met à nu (pas que physiquement hein), elle n'omet rien, le bon comme le mauvais, sa sincérité touche profondément.

    Et puis il y a cet incroyable passage du bac où on est projeté sur les bords du Mékong, sous un ciel immense, avec des rizières à perte de vue. François Nourissier, dans sa postface, parle de ce passage comme de la "scène fondamentale" de Duras... Et oui, même sans avoir lu le reste de son oeuvre, on a vraiment ce sentiment très fort que son existence aurait valu d'être vécue uniquement pour cet instant précis, la rencontre avec le Chinois.

    L'adaptation ciné

    J.J. Annaud avait sollicité la participation de Marguerite Duras sur le tournage, ce qu'elle a d'abord accepté, avant de quitter le plateau pour désaccord inconciliable avec Annaud, pour ensuite se réapproprier son oeuvre en la réecrivant sous le titre "L'amant de la Chine du Nord".

    En dépit de ce différend, J.J. Annaud a réalisé un film très fidèle au livre, qu'on disait jusque là inadaptable. Il a su rendre l'atmosphère envoûtante de l'oeuvre à travers des prises de vue magnifiques, une Jane March (dommage que ce rôle l'ait à la fois révélée et enfermée) et un Tony Leung (j'ai buggé là-dessus parce que pour moi Tony Leung, c'était l'acteur d'"In the mood for love", qui ne lui ressemble absolument pas: les joies de l'homonymie) magistraux, et une bande son qui te retourne le cerveau et qui te reste dans la tête pendant des jours (et pour une fois, c'est un ver d'oreille agréable!).


    Gabriel Yared bof

    C'est beau hein? Gabriel Yared est un génie, il a signé la non moins fabuleuse B.O. du "Patient Anglais", un de mes films préférés

    Et le sexe dans tout ça? On ne va pas se mentir, ce qui est décrit succinctement dans le livre est clairement mis en scène dans le film, et constitue un bon tiers de celui-ci. Cela étant, ces scènes sont belles et jamais vulgaires. Qui plus est l'histoire d'amour étant passionnelle, il me paraît tout à fait cohérent que les deux protagonistes n'arrivent pas à rassasier leur appétit de l'autre, la dimension charnelle ne pouvait pas être négligée.

    Il y aussi des gens qui diront que la fille a 15 ans, c'est limite pédophile cette histoire (si je te jure, je l'ai lu). Après m'être agacée intérieurement, je répondrais que la jeune fille est l'auteur elle-même, qu'elle était en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels. Toujours à ce sujet, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle pendant ma lecture avec le "Lolita" de Nabokov. Et bien ce bouquin là tu vois, je ne l'avais pas aimé du tout, j'avais même eu beaucoup de peine à le finir. Le personnage d'Humbert n'aime Lolita que pour son image de nymphette, il se fout de son cerveau ou de son essence, d'ailleurs tout ça finira mal. Le Chinois lui est sincérement amoureux de tout l'être de la jeune fille, corps et âme, cette passion le dévore de l'intérieur, et les toutes dernières lignes du livre confirment la profondeur de ses sentiments.

    Pour conclure, je te dirais que "L'amant" est vraiment une oeuvre unique, qui mérite son Goncourt et qu'on s'y attarde. Si toi aussi ami lecteur, tu nourrissais quelques préjugés, voilà un avis en faveur de Marguerite! Je pense que je lirais aussi "Un barrage contre le Pacifique" car l'histoire de sa mère m'intrigue. En attendant, bonne nuit ami lecteur!