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littérature anglo-saxonne - Page 2

  • Les joies de la campagne anglaise

    Catégories : Livres

    "Le diable vit à la campagne" de Rachel Johnson

    Editions Le Livre de Poche, paru en juin 2012

    Résumé:

    Mimi et Ralph ont vendu leur maison de Colville Crescent et se sont installés avec chien et enfants dans une ferme ancienne: pierres blondes, glycines centenaires, fenêtres à meneaux. Le bonheur dans le pré? Pas vraiment. Entre la vieille gentry locale et les néoruraux, la guerre fait rage. Au-delà des haies, il y a autant de coteries et d'intrigues qu'à Notting Hill. Et autant de potins. Mimi et Rose, sa nouvelle meilleure amie, tiennent la chronique des événements à tour de rôle. Entourloupe à l'éolienne, bagatelles extraconjugales, scandale aux produits bio, rivalités des clans... On découvre que le retour à la nature est beaucoup mieux en rêve que dans la réalité. Pour cette suite du "Diable vit à Notting Hill", Rachel Johnson, en pleine possession de son humour anglais, réussit une nouvelle campagne.

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    En ce moment, j'ai des envies de campagne anglaise. Après avoir revisionné avec bonheur l'intégralité de "The Vicar of Dibley", apprécié la série de la BBC "Cranford", et avoir résisté à l'achat compulsif de l'intégrale de "Midsomer Murders" (aka Barnaby, the one and only), je me suis enfin penchée sur le cas du "Diable vit à la campagne".

    J'ai acheté ce livre lors d'une correspondance en gare SNCF, guidée par la terreur de ne plus rien avoir à lire pendant le reste de mon trajet. C'était en septembre et j'avais dans mon sac amplement de quoi lire pendant deux ou trois autres voyages, j'ai des phobies irrépressibles comme ça. Et donc, entre les S.A.S., les derniers nés de la collection Arlequin, et le Guillaume Musso nouveau, le livre de Rachel Johnson brillait tel un Graal littéraire.

    Il faut savoir que ce livre est la suite de "Le diable vit à Notting Hill", mais qu'on peut très bien se passer du premier pour comprendre le second.

    Le livre n'est pas sans rappeler un certain "Tamara Drewe" de Posy Simmonds dont j'avais parlé ici (Le vice impuni est en friche, je réfléchis à son avenir). Mimi est la caricature de la journaliste citadine qui fait son retour à la terre, dans un joli village qui n'a de tranquille que l'apparence. Mais la ressemblance s'arrête là car Mimi n'est pas une croqueuse d'homme en mal de reconnaissance littéraire comme Tamara, sa carrière est derrière elle, elle se consacre désormais à son mari et à ses enfants, ce qui suffit à la déborder totalement...

    La narration se fait à deux voix, on suit l'avancée de l'histoire successivement à travers les récits de Mimi et de son amie Rose. Le procédé est utile ici car Rose connaît bien les habitants de Godminster (où elle vit depuis dix ans, mais où elle reste évidemment une étrangère) et peu les anciennes relations de Notting Hill de Mimi; leurs ressentis sont donc parfois très différents et  permettent de se faire une idée "en deux dimensions" des personnages du roman.

    J'ai été quelque peu rebutée par les cinquante premières pages, principalement à cause de l'accumulation des descriptions uniquement par marques de luxe. Une telle porte un gilet Barbour, une autre une veste YSL, et machine une robe de la dernière collection Gucci... Comme je suis aussi réceptive aux enseignes luxueuses qu'un texan à un plat de lentilles au tofu (vive les préjugés, je sais), ça me passait complétement au-dessus de la tête et j'ai bien cru abandonner ma lecture. 

    Je me suis finalement accrochée car le récit de cette vie à la campagne et la sympathie de certains de ses habitants (mention spéciale à Richard Cobb) nous font passer un agréable moment.

    Pour en revenir à mon introduction, nous ne sommes en aucun cas en présence d'un Graal littéraire, le propos reste un peu vain et les descriptions snobs perdurent tout au long du livre. Cependant, Rachel Johnson réussit à dépeindre avec humour ce qui fait le sel de la vie des villages, qu'ils soient anglais ou pas d'ailleurs.

    Alors oui, tout le monde se connait, les cancans vont bon train, tu es plus ou moins obligé de te prêter à certaines activités si tu souhaites être un minimum intégré (ici l'équitation et la chasse), aller à la messe tous les dimanches est une évidence, et le divorce est vu d'un très mauvais oeil.

    Mais, et ça rachète tout à mon sens, la solidarité n'est pas un vain mot. De l'organisation d'une fête à un soutien sans faille en cas de grande détresse émotionnelle, tu peux compter sur tes voisins. Dans une société occidentale qui prône l'individualisme à tout crin, ce "Diable habite à la campagne" a donc quelque chose de rafraichissant.

    Pour conclure, sans rien avoir de génial, ce livre reste un divertissement sympathique. En revanche, si  le thème te séduit et que tu comprends bien l'anglais, je ne peux que t'inviter à découvrir "The Vicar of Dibley", série savoureuse malheureusement inédite chez nous.

  • Challenge Halloween: "L'heure du loup" de Robert McCammon

    Résumé:

    Michael Gallatin est un as de l'espionnage, un séducteur, mais surtout un loup-garou. Capable de se transformer à la vitesse de l'éclair, de tuer silencieusement et avec une incroyable férocité, il a déjà donné un aperçu de ses talents en Afrique contre Rommel. Il doit maintenant s'acquitter de la plus dangereuse et de la plus délicate des missions : découvrir qui se cache derrière l'opération « Poing d Acier », le mieux gardé des plans secrets nazis. En renouvelant la figure du loup-garou, Robert McCammon crée un héros fascinant dans une intrigue captivante.

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    Les nazis qui rencontrent le surnaturel, on a déjà vu ça, notamment dans Hellboy, ou plus récemment dans Iron Sky (rappelle-moi de t'en parler de celui-là, il vaut son pesant de cacahuètes!). Dans "L'heure du loup", les nazis ont maille à partir avec un loup-garou-agent-secret. Je sais, ça fait beaucoup pour un seul homme.

    Mais Michael Gallatin est un James Bond un peu cabot (pardon...) et sait se sortir de n'importe quelle situation, aussi indépétrable soit-elle. De plus, comme le James Bond précité, Michael tombe toutes les jolies demoiselles qu'il rencontre. Bref, il est une incarnation du héros flamboyant qui va sauver le monde.

    Pourtant, le pauvre n'a pas eu la vie facile. Encore enfant, et à l'époque connu sous le nom de Mikhaïl Gallatinov, il a vu sa famille se faire massacrer par des révolutionnaires russes, avant d'être attaqué en forêt par une meute de loups affamés. Il passera les quatorze années suivantes dans l'épaisse forêt russe à mener sa vie d'homme-loup, avant de débarquer en Angleterre et de se faire enrôler pour servir sa Majesté.

    Tu penses certainement à ce stade, ami lecteur, que ce livre s'aventure un peu dans tous les sens. Détrompe-toi, Robert McCammon a su avec brio retracer l'existence de Michael, en alternant la narration de son passé et de sa mission présente, le premier éclairant la seconde.

    Car la grande question de ce roman est de savoir qui, des hommes ou des bêtes, sont les véritables animaux. L'auteur argue plusieurs fois au cours du roman que le loup tue uniquement pour se nourrir, donc par nécessité, mais jamais par cruauté; contrairement à l'homme en général et aux nazis en particulier.

    D'ailleurs, le récit de la mission pour faire échouer les plans desdits nazis est passionnant, bien qu'il comporte certains passages qui donneraient presque la nausée, je pense en particulier au camp de concentration avec son "Chenil" et la mort de Krolle.

    En conclusion, "L'heure du loup" est un roman fantastique au contexte historique dont on dévore les sept cents pages très facilement, je le recommande aux amateurs du genre!

  • Challenge Halloween: le monstre de Londres

    "Le Cas étrange du Dr Jekyll et de M.Hyde" de Robert Louis Stevenson

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    Quatrième de couverture:

    En cette fin du XIXe siècle, il ne fait pas bon fréquenter à la nuit tombée certains quartiers de Londres. Il y rôde en effet un curieux et maléfique personnage du nom de Edward Hyde. Mais qui est-il exactement et quels sont ses liens si étranges avec le bon Dr Jekyll?

    L'édition GF Flammarion du "Cas étrange du Dr Jekyll et de M.Hyde" livre une anecdote intéressante dans son dossier de présentation: Stevenson faisait beaucoup de cauchemars et il aurait rêvé l'histoire de Jekyll et Hyde. Une nuit, sa femme, inquiétée par ses cris et son agitation le réveilla et il lui demanda sur un ton de reproche: "Pourquoi m'as-tu réveillé? Je rêvais d'un joli conte de terreur".

    L'histoire narrée par M.Utterson, notaire de son état, est effectivement inquiétante. Qui est cette brute ignoble dont tout Londres parle? Et qui est ce mystérieux M.Hyde, bénéficiaire des biens de son ami, le Dr Jekyll? Quand Utterson se rend compte que la brute et Hyde ne font qu'un, il est consterné et n'aura de cesse d'enquêter avant de connaître la vérité. Chantage, assassinat, Utterson envisage tout, même le pire. Il est pourtant encore bien loin de l'effroyable réalité.

    Le roman de Stevenson traite de la duplicité humaine et du désir ardent de se libérer de ce fardeau. Le docteur Jekyll voulait se scinder en deux individus distincts: le médecin brillant et gentilhomme irréprochable - soit l'ange qu'il veut être aux yeux de la société - une créature céleste qui ignorerait tout des atrocités commises par celui qu'il rêve d'être: le démon. Mais les choses ne se déroulent pas exactement comme Jekyll l'aurait voulu et il réalise peu à peu que mettre en oeuvre cette expérience folle était son premier pas vers l'enfer.

    Car Jekyll n'est non seulement pas devenu ange, il est resté lui-même, mais est aussi dépassé par sa créature. Monsieur Hyde n'est certes pas l'ogre de "La ligue des gentlemen extraordinaires", le comic d'Alan Moore (et encore moins le croisement de Hulk et de La chose dans l'adaptation ratée du même nom), il est physiquement plutôt chétif et velu.

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    Le Hyde de Stevenson, c'est pas lui. Même si lui est bien aussi dans son genre...

    Il est bien pire qu'un ogre: il est l'incarnation du mal absolu, une bête malfaisante qui ne vit que pour assouvir ses bas instincts et qui ne connaît qu'une seule crainte: disparaître. Jekyll l'expliquera dans sa confession:

    "J'ai observé que, lorsque je revêtais la figure de Hyde, personne ne pouvait s'approcher de moi sans ressentir tout d'abord une véritable horripilation de la chair. Ceci provenait, je suppose, de ce que tous les êtres humains que nous rencontrons sont composés d'un mélange de bien et de mal; or Edward Hyde, seul parmi les rangs de l'humanité, était fait exclusivement de mal.

    Si la première partie du livre est un peu longuette avec la collecte d'informations qui mènent à l'identification de Hyde et au mystère de ses liens avec Jekyll, elle n'augmente que le plaisir de lecture de la seconde. "Le cas étrange du Dr Jekyll et de M.Hyde" est sans conteste une oeuvre géniale, qui entremêle avec brio conte d'épouvante, analyse psychologique et religion au travers de cette confrontation entre nos anges et démons intérieurs.