Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

littérature anglo-saxonne - Page 3

  • Rencontre avec les Spellman

    J'ai recontré il y a peu, grâce à ma soeur Norberte, une famille américaine tout à fait charmante: les Spellman. De prime abord, ces gens ont l'air bien sous tous rapports: le père et l'oncle sont des flics à la retraite, la mère s'occupe de ses enfants, et tout ce petit monde vit paisiblement dans une jolie maison de San Francisco (en lien, la réelle Clay Street, merci Google Maps).

    Sauf qu'il y a fort à parier que, pendant que la mère, Olivia, t'entretient des bégonias du jardin, Rae la benjamine soit en train de faire les poches de ton manteau, de fouiller ton portefeuille pour y dénicher tes date de naissance et numéro de sécu, pour ensuite les communiquer à sa soeur Isabel qui ira discrètement faire une petite enquête d'antériorité sur l'ordinateur du bureau, afin de vérifier que tu es bien qui tu prétends être et pas un criminel en cavale, ou pire encore: un dentiste.

    Spellman-et-Associes.jpg

    Spellman_248.jpg

    lecture-dete-lisa-lutz-spellman-L-1.jpeg

     

     

     

     

     

     

    to be continued ... 

    Les Spellman sont une entreprise familiale de détectives (si l'on excepte David, le frère aîné, qui a préféré devenir avocat), et plus encore, ils sont une "organisation politique marginale" (Izzy dans le tome 3) au même titre qu'une famille de mafieux. 

    Si les tomes de la série s'articulent autour d'une ou plusieurs enquêtes, ces dernières ne sont qu'un cadre mettant en valeur le côté loufoque des Spellman, et en particulier celui d'Isabel, la narratrice. En effet, les énigmes posées ne te demanderont pas de te triturer le cerveau jusquà la migraine, j'avais deviné les réponses pour les trois romans dès le premier tiers des livres (tu me diras, avec tous les Barnaby que j'ai vu, j'ai le raisonnement affuté. Hum, bref.). Pas de suspense donc, mais de la franche bonne humeur. Les Spellman, au quotidien, s'espionnent, se livrent à des chantages, enquêtent sur les relations des uns et des autres, rentrent chez autrui par les fenêtres, se montent des arnaques (faux trafic de drogue par exemple)... Pas le temps de s'ennuyer avec cette famille en somme. Ce côté déjanté pourrait lasser à la longue mais l'univers crée par Lisa Lutz est réellement attachant. On sourit en retrouvant pêle-mêle le sandwich au pastrami de Morty, les réponses volontairement à côté de la plaque d'Izzy, les conversations enregistrées par Olivia, la chemise porte-bonheur de l'oncle Ray, l'addiction au sucre de Rae...

    L'apparté miam

    Je m'attarde un peu sur cette dernière, enfin plutôt sur une de ses pratiques culinaires, à savoir le délice aux Rice Krispies. Rae est la princesse des recettes improbables, mais je me suis vraiment posée des questions sur ce truc là: comment ça se présente? Quelle texture ça peut bien avoir? Et surtout quel goût? J'avais besoin de savoir.

    Après avoir dûment enquêté, j'ai appris que le délice aux rice krispies était une préparation d'encas vielle de plusieurs décennies, très populaire chez les mamans américaines. Tu vas comprendre pourquoi en voyant la recette ici sur le site de Kellogg's -> c'est facile et rapide à faire, et tu peux utiliser tes fonds de placard pour la réalisation.  

    Comment ça marche?

    - Tu rassembles autour de toi 50 grammes de beurre, 1 grand paquet de chamallows (la marque avec le petit bonhomme brun en salopette rouge & coupe à la Mireille Mathieu par exemple) et l'équivalent de 5 à 6 tasses à café de céréales Rice Krispies. 

    - Dans une grande poêle, fais fondre le beurre à feu doux puis ajoute les chamallows en mélangeant bien (avec une spatule en caoutchouc ou silicone, sans quoi tu vas galérer) jusqu'à ce qu'ils aient intégralement fondu. Retire la poêle du feu.

    - Rajoute les céréales et mélange bien. Verse la préparation dans un plat préalablement huilé (ou encore mieux, une plaque à pâtisserie) et égalise le niveau de la mixture. Laisse refroidir avant de couper en petites parts.

    deliceauxricekrispies.jpg

    Voilà la chose, qui ne ressemble à rien, qui doit avoisiner les 3000 calories la part, mais qui est juste délicieuse. Pour avoir une idée du goût, ça ressemble à l'intérieur des barres Lion. 

    N.B.: Je rappelle à toutes fins utiles que les chamallows ne sont malheureusement pas végétariens (il paraît que ça existe ceci dit, bien que je ne sache pas où en trouver) car, comme l'immense majorité de la confiserie industrielle, ils sont faits à base de gélatine animale.

    Fin de l'apparté miam

    En dehors de cette recette, j'aime aussi les livres de Lisa Lutz car elle y égrene des références télévisuelles: Dr Who (déjà convertie), Max La Menace, La Panthère Rose... J'apprécie que des romans fassent des clins d'oeil de ce type vers des oeuvres qu'on ne connaît pas toujours. Par exemple, je connaissais le dessin animé La Panthère rose (j'ai même une longue histoire d'amour avec ce félin) mais pas du tout les films avec Peter Sellers. Du coup je découvre et j'aime bien, je t'en reparlerais sûrement. Je conclus ce billet en te préconisant la lecture des Spellman associée à une dégustation de délice aux R.K. pour un après-midi de détente facile.

    A très bientôt ami lecteur!

  • L'inimitable Jeeves... et l'inénarrable Bertram Wooster

    Catégories : Livres

    Bonjour ami lecteur!

    Aujourd'hui, nous allons parler littérature anglo-saxonne. Si tu me suis depuis quelques temps (hourra à toi!), tu as sans doute compris que j'aimais l'Angleterre, Chapeau Melon & Bottes de Cuir, les récits humoristiques, ainsi que les belles tournures de phrases (entendons-nous bien, je ne parle pas de moi là). Soit, mais quel rapport entre tout ça? - me demanderas-tu. Et bien j'ai découvert une série de livres qui rassemble tous ces élèments, à savoir les aventures de Jeeves. Enfin plus vraisemblablement les mésaventures de son maître, Bertram Wooster.

    51TeHaMZIpL._SL500_AA300_.jpg

    Je comprends aujourd'hui que les web-cookies ne sont pas toujours un fléaut envoyé par Big Brother, et qu'ils peuvent parfois rendre de fiers services; car c'est sur le site d'une célèbre librairie en ligne que j'ai découvert cette série de livres signée P.G. Wodehouse grâce à la personnalisation des ouvrages proposés.

    Petit couac à signaler avant de passer au contenu, j'ai commencé par le tome 2 de la compilation, mais ça n'empêche pas la bonne compréhension des différentes histoires.

    Quatrième de couverture:

    Cette andouille de Bertie Wooster s'est à nouveau fourré dans un guêpier inextricable. Il n'a qu'un seul recours: Jeeves, son génial et flégmatique majordome. On trouvera dans ce deuxième tome des péripéties de ce couple singulier la quintessence de l'humour anglais, comique de langage et de situation, réparties irrésistibles et personnages aussi hauts en couleur que les cravates de Bertie, qui font le désespoir de Jeeves.

    Mon humble avis:

    J'ai passé un moment délicieux en compagnie de ce livre et je l'ai quitté à regret, en me disant qu'il fallait que je mette la main rapidement sur le premier tome de la compilation.

    Côté contenu, les intrigues des "Jeeves" sont toutes simples, on peut même aisément deviner le déroulement de l'histoire (bien que Bertram, lui, voit assez rarement les choses venir), on est dans de la pure comédie d'intrigue.

    Mais ce qui fait le charme de ces courts romans, c'est la galerie de personnages hauts en couleur (j'ai un faible pour Tante Dahlia, cette "chère vieille chose") et la merveilleuse plume de Wodehouse.

    L'auteur brosse un portrait parfois peu flatteur de la bonne société anglaise de l'entre deux-guerres, mais toujours avec une certaine tendresse. Bertie et ses amis du club des Bourdons sont des oisifs notoires, qui s'engagent puis rompent leurs fiançailles à une allure déconcertante, ont souvent peur de leurs aînés, et qui comptent sur le valet de leur bon copain pour les sortir des situations délicates... Néanmoins, ce sont de grands enfants attachants, toujours prêts à aider leur prochain, bien que parfois fort maladroitement. 

    Côté style donc, c'est un vrai régal. L'auteur est un virtuose des procédés comiques. Ses "Jeeves" sont un joyeux patchwork de comiques de caractères, de situation (voir l'extrait 2 plus bas dans lequel Bertie voit son ami Boko annoncer fièrement à l'oncle Percy qu'il a arrêté un voleur dans le cagibi de ce dernier, alors qu'il s'agit en fait de son rendez-vous d'affaires secret) et bien sûr de mots avec des formules réjouissantes dont je sens que certaines intégreront mon langage courant. Non content de ça, Wodehouse fait ses personnages s'exprimer dans un anglais châtié auquel vient se greffer de temps à autre quelques expressions d'argot inattendues et toujours désopilantes. Ça aurait pu être lourd, c'est brillant. 

    Mon seul regret? Avoir attendu mon âge canonique pour découvrir cette merveille.

    Morceaux choisis:

    • "Bonjour, Jeeves"
    "Je méditais encore sur le mode sombre et pessimiste quand mes réflexions furent interrompues. Un drame humain se déroulait sur la route devant moi.
    L'ombre du soir tombait rapidement maintenant, mais la visibilité était encore assez bonne pour que j'aperçusse, remontant la route à bicyclette, un grand et solide gendarme, au visage de pleine lune. Et l'on pouvait voir qu'il était en paix avec le monde. Que sa tâche quotidienne fût ou non accomplie, il était de toute évidence au repos et toute son attitude était celle d'un gendarme sur qui rien ne pèse, que son casque.
    Quand je vous dirai qu'il pédalait avec ses deux mains dans ses poches, vous pourrez mesurer à quelle extrêmité sa gaieté insouciante l'avait mené.
    Et là où le drame commençait, c'est dans le fait que, de toute évidence, il n'avait pas encore remarqué qu'il était poursuivi - à l'allure silencieuse, rapide, avide, de cette race d'animal - par un beau terrier écossais. Il était là, pédalant paisiblement, respirant l'air embaumé du soir, et là était ce terrier, toutes moustaches dehors, le poursuivant dans une chasse à mort. Comme Jeeves le fit remarquer plus tard, quand je lui décrivis la scène, la situation ressemblait au moment culminant d'une tragédie grecque, quand le héros va son chemin, confiant et assuré, sans soupçonner que la Némésis est sur ses talons.
    Le gendarme, donc, pédalait les mains dans les poches, et sans ce détail le désastre n'eût peut-être pas été aussi complet. J'ai moi-même pratiqué un peu ce sport dans ma jeunesse - je crois avoir déjà mentionné que j'avais remporté un prix dans une course de village - et je puis témoigner que, lorsque vous conduisez les mains dans les poches, vous devez nécessairement avoir l'esprit tranquille et une complète liberté de mouvements. Le moindre soupçon de terrier venant inopinément en contact avec votre cheville et vous faites une brusque embardée. Et, comme chacun sait, si les mains ne sont pas fermement posées sur le guidon, une brusque embardée entraîne un vol plané.
    Et c'est ce qui se passa. Le gendarme décrivit un des plus beaux vols planés qu'il m'ait été donné de voir au cours de ma carrière. Un instant auparavant, il était parmi nous, tout joyeux et sans souci. Un instant plus tard, il gisait dans le fossé, dans un fouillis de bras, de jambes et de roues, pendant que le terrier, penché sur le bord du fossé, le considérait avec cette expression offensante de suffisance vertueuse que j'ai souvent remarquée sur la face des terriers d'Ecosse dans leurs démêlés avec l'humanité."
     
    • Jeeves, au secours!
    "Je doute que dans tout le Hampshire vous ayez pu trouver cette nuit-là un type plus satisfait de lui. Il avait, bien ancrée dans sa cervelle, l'idée qu'il était le héros populaire admiré de tous, réalisant mal que la lecture préférée d'Oncle Percy aurait été celle de son nom sur une pierre tombale. Plutôt triste toute cette histoire."
    • Jeeves dans la coulisse
    - Roberta: "Suppose qu'un matin ta tante Dahlia lise dans le journal que tu vas être fusillé à l'aube."
    - Bertram: "Impossible. Je ne suis jamais levé à ces heures-là."
    - R: "Mais suppose qu'elle lise ça. Elle en serait bigrement remuée, tu ne crois pas?"
    - B: "Extrêmement remuée, est-on même en droit de penser, car je lui suis très cher. Certes, je ne dis pas qu'il n'y ait pas des moments où ses façons à mon égard ne sont pas empreintes d'une certaine brusquerie. Dans ma petite enfance, elle m'a plus d'une fois flanqué quelques bonnes tartes sur le coin de l'oreille, et, depuis que j'ai atteint un âge un peu plus mûr, elle m'a souvent prié de m'attacher une brique autour du cou et de me jeter dans la mare du jardin potager."
    • Pas de pitié pour les neveux

    "Si vous veniez me dire: "Wooster! Juste une seconde de votre temps si précieux... C'est pour un pari. Dites-moi ce que vous estimez préférable: vous faire exposer les entrailles au soleil des propres mains d'un individu, ou bien vous faire fouetter avec un stick de chasse jusqu'à ce que vous soyez raide sur le tapis?", il me serait difficile de choisir une réponse. Ce sont deux choses, n'est-ce pas, que l'on souhaite plutôt voir arriver aux autres! Toutefois, après réflexion, je pense que je voterais en faveur de la deuxième formule - à condition que le type d'en face officiât dans une petite pièce étroite, car il ne serait pas long, dans ce cas, à s'apercevoir du caractère éprouvant de son entreprise...

    Or, La P'tite Niche possédait un minuscule salon dont les dimensions freinaient l'ampleur des mouvements, si bien que l'action de Cook s'en trouva limitée à une série de petits coups chopés qu'une personne dotée de ma vivacité n'avait aucune peine à éviter. 

    Je les évitai donc, sans grande dépense d'énergie musculaire, mais j'abuserais mon public si j'affirmais que la démonstration me procura un plaisir extrême. On souffre toujours un peu dans son amour-propre, il faut bien le dire, de se voir forcé à gambader comme l'agneau printanier pour obéir aux injonctions d'une espèce de vieux gnome à demi loufoque et qui refuse d'entendre raison! Or, dans l'état où il se trouvait, il était clair que le Père Cook n'aurait pas reconnu le vrai visage de la raison, lui eût-il été présenté sur son assiette personnelle avec du cresson dans les narines..."

    Double bonheur!

    Jeeves.jpg

    Jeeves étant très populaire chez nos voisins anglais, il a déjà fait l'objet de trois adaptations télévisées, dont la dernière date des années 90. Les "héros" sont incarnés par, excusez du peu, Stephen Fry et Hugh Laurie. Quand j'ai vu ça, j'ai fait un joli petit bond de joie sur ma chaise! Souviens-toi ami lecteur, en te parlant ici de mes goûts TV, je te disais à quel point j'aimais Black Adder, dont ces deux messieurs étaient des acteurs réccurents (depuis Hugh Laurie a un petit rôle de médecin dans une vague série américaine). C'est donc un vrai cadeau bonus, puisque tu peux regarder les épisodes sur YouTube! Petit bémol pour les non-anglophones, la série étant inédite chez nous, elle est en V.O. non sous-titrée. J'ai regardé le premier, savoureux, mais je vais attendre d'avoir lu ma première partie de la compilation avant de tout visionner... Enfin si je résiste.

    Sur ce, je déclare le nolle prosequi (expression appréciée de Jeeves) et te souhaite une bonne soirée ami lecteur!

  • "Rage" de Stephen King

    Challenge Halloween de Lou & Hilde: Etape 5

    "Rage" de Richard Bachman, alias Stephen King

    rage.jpg

    Quatrième de couverture:

    Neuf heures cinq. L'écureuil cavale sur la pelouse. Dans la salle 16, Mme Underwood donne son cours d'algèbre... "Si l'on augmente le nombre de variables, les axiomes restent valides...".

    L'interphone crache alors une giclée de mots-requins. Charles Decker est convoqué chez le directeur...

    Neuf heures vingt. Après un entretien destroy, Charly met le feu aux vestiaires. Dans les marais puants de son subconscient, son dinosaure personnel patauge avec rage. Charly ouvre la porte de sa classe, tire sur son prof, qui s'effondre. Exit. Tuée sur le coup. Charly se sent merveilleusement bien. Il est allé jusqu'au bout...

    Neuf heures cinquante. Océan de silence dans la classe prise en otage. Charly se prépare pour le sprint final. Psychodrame et lavage de cerveau. Tout le monde va passer à la moulinette...

    Mon avis:

    Ce roman court (250 pages) est très différent de la production habituelle de Stephen King, ici pas de fantastique mais le récit d'une journée dans un lycée du Maine, très banale jusqu'à ce que Charles Decker décide qu'il en a assez. Assez de cette boule d'angoisse dans le ventre, assez de ses parents, assez de son lycée, de son psychiatre, de la société dans laquelle il vit.

    Pourtant Charly est un gamin qui n'a pas vécu de "gros" traumatismes (genre viol ou tabassage parental j'entends), mais des épisodes désagréables qui l'ont conduit à cette journée de ras-le-bol, où il veut juste dire honnêtement ce qui lui pèse devant ses pairs, sans qu'on l'interrompe...

    Jusqu'à ce que ses pairs, les lycéens de sa classe, se révèlent empreints du même malaise que lui: frustrations, complexes, incompréhension et rejet du monde des adultes, sentiment de vide intérieur. Partout la même détresse bien cachée derrière le rempart de l'éducation, Charly ne fait que leur ouvrir une porte qui donne sur la salle d'une vaste thérapie de groupe.

    Un seul élève, Ted, refuse d'aller dans cette salle. Il est l'adolescent "parfait": intelligent, sportif, fils de bonne famille et joli garçon, et évidemment tout à fait populaire. Il symbolise les attentes du monde des adultes par rapport à la jeunesse, et il est le seul à juger Charles et à rappeler aux autres qu'il a tué deux personnes. Ses différences lui coûteront cher en définitive.

    Pour en revenir à la dimension psychologique, Charles évoque souvent la ligne terminatrice, à savoir la ligne de séparation des parties obscures et éclairées du disque lunaire. Une manière poétique d'évoquer la part d'ombre en chaque être humain, que l'on tente de cacher pour répondre aux normes de la société.

    Richard Bachman/Stephen King décrit remarquablement le mal-être de l'adolescent, en particulier à travers ces lignes à la fin de l'oeuvre:

    "Quand on a cinq ans et qu'on a mal quelque part, on crie pour que le monde entier soit au courant. A dix ans, on gémit. Mais dès qu'on arrive à quinze, on commence à grignoter la pomme empoisonnée qui pousse sur votre arbre de douleur personnel. C'est le siècle des Lumières à l'occidentale. On commence à bouffer ses poings pour étouffer les cris. On saigne à l'intérieur."

    Ce roman m'a beaucoup plu: l'histoire est captivante, le style haletant et non dénué d'humour en dépit de la gravité du propos. Je l'ai lu en deux fois même si j'avais bien envie de l'avaler d'un coup, il se lit très facilement (En même temps, quand je suis à fond dans un livre, plus rien n'existe autour de moi, j'en ai loupé des arrêts de bus comme ça...).

    Ce livre, malheureusement visionnaire, a été retiré de la vente eu égard aux multiples tueries de ces dix dernières années aux États-Unis. Pour le lire, il faudra donc avoir recours au marché de l'occasion.