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littérature anglo-saxonne - Page 5

  • "Rage" de Stephen King

    Challenge Halloween de Lou & Hilde: Etape 5

    "Rage" de Richard Bachman, alias Stephen King

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    Quatrième de couverture:

    Neuf heures cinq. L'écureuil cavale sur la pelouse. Dans la salle 16, Mme Underwood donne son cours d'algèbre... "Si l'on augmente le nombre de variables, les axiomes restent valides...".

    L'interphone crache alors une giclée de mots-requins. Charles Decker est convoqué chez le directeur...

    Neuf heures vingt. Après un entretien destroy, Charly met le feu aux vestiaires. Dans les marais puants de son subconscient, son dinosaure personnel patauge avec rage. Charly ouvre la porte de sa classe, tire sur son prof, qui s'effondre. Exit. Tuée sur le coup. Charly se sent merveilleusement bien. Il est allé jusqu'au bout...

    Neuf heures cinquante. Océan de silence dans la classe prise en otage. Charly se prépare pour le sprint final. Psychodrame et lavage de cerveau. Tout le monde va passer à la moulinette...

    Mon avis:

    Ce roman court (250 pages) est très différent de la production habituelle de Stephen King, ici pas de fantastique mais le récit d'une journée dans un lycée du Maine, très banale jusqu'à ce que Charles Decker décide qu'il en a assez. Assez de cette boule d'angoisse dans le ventre, assez de ses parents, assez de son lycée, de son psychiatre, de la société dans laquelle il vit.

    Pourtant Charly est un gamin qui n'a pas vécu de "gros" traumatismes (genre viol ou tabassage parental j'entends), mais des épisodes désagréables qui l'ont conduit à cette journée de ras-le-bol, où il veut juste dire honnêtement ce qui lui pèse devant ses pairs, sans qu'on l'interrompe...

    Jusqu'à ce que ses pairs, les lycéens de sa classe, se révèlent empreints du même malaise que lui: frustrations, complexes, incompréhension et rejet du monde des adultes, sentiment de vide intérieur. Partout la même détresse bien cachée derrière le rempart de l'éducation, Charly ne fait que leur ouvrir une porte qui donne sur la salle d'une vaste thérapie de groupe.

    Un seul élève, Ted, refuse d'aller dans cette salle. Il est l'adolescent "parfait": intelligent, sportif, fils de bonne famille et joli garçon, et évidemment tout à fait populaire. Il symbolise les attentes du monde des adultes par rapport à la jeunesse, et il est le seul à juger Charles et à rappeler aux autres qu'il a tué deux personnes. Ses différences lui coûteront cher en définitive.

    Pour en revenir à la dimension psychologique, Charles évoque souvent la ligne terminatrice, à savoir la ligne de séparation des parties obscures et éclairées du disque lunaire. Une manière poétique d'évoquer la part d'ombre en chaque être humain, que l'on tente de cacher pour répondre aux normes de la société.

    Richard Bachman/Stephen King décrit remarquablement le mal-être de l'adolescent, en particulier à travers ces lignes à la fin de l'oeuvre:

    "Quand on a cinq ans et qu'on a mal quelque part, on crie pour que le monde entier soit au courant. A dix ans, on gémit. Mais dès qu'on arrive à quinze, on commence à grignoter la pomme empoisonnée qui pousse sur votre arbre de douleur personnel. C'est le siècle des Lumières à l'occidentale. On commence à bouffer ses poings pour étouffer les cris. On saigne à l'intérieur."

    Ce roman m'a beaucoup plu: l'histoire est captivante, le style haletant et non dénué d'humour en dépit de la gravité du propos. Je l'ai lu en deux fois même si j'avais bien envie de l'avaler d'un coup, il se lit très facilement (En même temps, quand je suis à fond dans un livre, plus rien n'existe autour de moi, j'en ai loupé des arrêts de bus comme ça...).

    Ce livre, malheureusement visionnaire, a été retiré de la vente eu égard aux multiples tueries de ces dix dernières années aux États-Unis. Pour le lire, il faudra donc avoir recours au marché de l'occasion.