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livres atypiques

  • "Smoke gets in your eyes (and other lessons from the crematory)" de Caitlin Doughty

    J'avais promis de te présenter l'oeuvre d'un croque-mort et je tiens parole. Je vais te parler de mon livre coup de cœur du challenge Halloween, écrit par une femme qui est elle un de mes grands coups de cœur de l'année (le teaser de folie!).

    Après des études d'histoire médiévale, et ne se sentant pas l'étoffe d'une enseignante, Caitlin Doughty se tourne vers sa deuxième passion: la mort. Elle devient tour à tour opératrice de crémation, collectrice de corps de défunts, puis ordonnatrice de pompes funèbres.

    Caitlin réfléchit constamment à son métier et, d'une manière plus générale, à notre rapport à la mort en tant qu'être humain. Elle crée sa chaîne youtube The Order of the Good Death il y a trois ans, sur laquelle elle poste des vidéos à la fois passionnantes et hilarantes sur ce thème de la mort un tantinet tabou dans nos sociétés, et publie aujourd'hui son premier livre: "Smoke gets in your eyes, and other lessons from the crematory" chez W.W. Norton & Company.

    Quand j'ai découvert les vidéos de la demoiselle (a thousand thanks to the Gothic Tea Society!), je suis très vite devenue accro à son intelligence, sa culture tentaculaire, son ouverture d'esprit, son humour et sa voix (très important la voix pour moi, tu sais bien) et de son générique kitsch à souhait. J'ai bouffé toutes les vidéos en très peu de temps et voilà une de mes petites préférées pour que tu te fasses une idée (désolée pour les non anglophones :-():

     Donc, quand Miss Doughty a annoncé qu'elle travaillait sur un livre, j'étais ravie. Aujourd'hui, je l'ai terminé, aimé, et il me fait encore cogiter. 

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    Ce livre de 272 pages retrace le parcours de l'auteur, de l'enfance à ce jour, à travers le prisme de sa relation à la mort. On y apprend notamment comment, à l'âge de huit ans, elle a été le témoin d'une mort horrible et à quel point ce traumatisme a pu façonner l'adulte qu'elle est devenue.

    Malgré cela, Caitlin Doughty n'est en aucun cas une personnalité morbide, elle exprime d'ailleurs dans le livre à quel point son activité professionnelle est un memento mori permanent qui ne fait que rendre la vie plus précieuse. Elle n'est pas non plus de marbre (sans mauvais jeu de mots), c'est une femme visiblement chaleureuse et sensible, ce dont on a un aperçu dans ses vidéos. Elle est très concernée par notre rapport sociologique à la mort, qu'elle trouve d'ailleurs malsain à l'heure actuelle, et c'est ce qui la pousse dans la voie de l'activisme funèbre. 

    Nous vivons à une époque où la mort est devenue tabou, nous espérons vivre le plus longtemps possible, rester jeune, nous refusons la mort d'autrui (la difficulté de légiférer sur l'euthanasie est un bon exemple) et quand elle est inéluctable, nous ne voulons pas y être confronté.

    En lisant "Smoke gets in your eyes...", je réalisais qu'à l'âge de 33 ans, je n'avais jamais vu de cadavre humain. J'ai vu des cercueils fermés, des urnes funéraires, des cadavres d'animaux, et dans une autre vie professionnelle, j'ai enregistré bon nombre de déclarations de décès. Mais je n'ai jamais vu un de mes semblables morts. Si d'un côté je redoute l'expérience et souhaite qu'elle arrive le plus tard possible, de l'autre, je ne peux pas m'empêcher de trouver ça étrange, car après tout, la mort fait partie de la vie. 

    Caitlin Doughty évoque cette absence des cadavres dans notre société occidentale:

    En aparté: J'ai pris la liberté de traduire les passages que j'ai noté, parce que dans une autre vie, j'ai été traductrice (cherche pas, j'ai fait plein de métiers différents, je suis un couteau suisse vivant!).

    "Le cadavre contemporain a deux possibilités: l'enterrement après embaumement, qui met un frein à la décomposition (du moins jusqu'à ce que le corps se mette à durcir et à se ratatiner comme une momie), et la crémation, qui transforme le corps en cendre et poussière. En aucun cas vous ne verrez un humain en cours de décomposition. Puisque nous n'avons jamais rencontré de corps en décomposition, nous pouvons seulement supposer qu'ils veulent notre peau. La fascination culturelle qui a trait aux zombies n'a rien de surprenant. Ils sont l'ennemi public numéro un, l'ultime tabou, la chose la plus horrible qui soit: un corps en décomposition ressuscité."

    En France, la thanatopraxie n'est pas encore très rependue là où, aux Etats-Unis, elle est la norme. C'est aberrant quand on pense que les produits utilisés sont dangereux pour l'environnement et pour la santé du thanatopracteur.

    Malgré ce camouflage intensif de la mort et de la décrépitude mis en oeuvre dans nos sociétés, nous sommes pourtant curieux de l'après-vie. Preuve en est le succès de l'exposition Body Worlds de Gunther von Hagen, mentionnée par l'auteur, et qui est à ce jour l'attraction touristique la plus populaire du monde, comptant 38 millions de visiteurs début 2014.


    "Smoke gets in your eyes..." est un ouvrage extrêmement riche où on apprend une quantité de choses, des rites funéraires nécrophages de la tribu Wari, à la fonction originelle de l'encens et la myrrhe dans les églises, en passant par l'Ars Moriendi médiéval.

    C'est aussi une tranche de vie professionnelle atypique avec des exemples hallucinants comme cette femme qui demanda la crémation de sa jambe après amputation ou l'histoire abominable de cette petite fille de neufs ans morte à l'hôpital et dont les parents ont fait une demande de crémation en ligne en essayant de payer avec une carte des magasins Sears. 

    C'est enfin une vraie réflexion philosophique sur la mort, d'un point de vue sociologique tout autant que pratique (on réfléchit forcément à sa propre mort). Je n'ai pas trouvé cette lecture anxiogène, bien au contraire, ce fut une expérience instructive, et quelque part étonnement apaisante.

    Et je te souhaite bien sûr un bon Halloween!

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  • Challenge Halloween: Le vaudou haïtien

    "Zombi blues" de Stanley Péan

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    Résumé:

    Gabriel est musicien. Tous les soirs, les sons envoûtants de sa trompette percent l'atmosphère enfumée des boîtes de jazz. Les hasards d'une tournée le ramènent dans sa ville où il retrouve Laura. Un amour caché. Une passion inavouable. Brusquement, Gabriel est en proie à des visions étranges. Des obsessions effrayantes et sanglantes. Des images de mort et des mots murmurés dans une langue inconnue surgissent du plus profond de lui-même et le déchirent. Angoissé, il ne comprend pas, ne se reconnaît plus. Bizarrement, ailleurs dans la ville, quelqu'un d'autre souffre d'un mal semblable... Malgré lui, Gabriel est entraîné dans un gouffre d'horreur, tout son être envahi par une musique de cauchemar, une musique lancinante comme la mort.

    Je suis tombée sur "Zombi Blues" un peu par hasard à la bibliothèque. Attirée par la couverture ci-dessus et le titre, je me suis dit que ça rentrerait bien dans ma case "Challenge Halloween en Afrique & Amérique Latine".

    Après lecture, le roman ne correspond pas du tout à l'idée que je m'en étais faite. Ce qui ne l'empêche pas d'être très intéressant.

    Le récit, qui comprend plusieurs voix de narration, commence quand Minville, un ancien tonton macoute, émigre à Montréal avec deux acolytes; une arrivée d'ailleurs très relayée par les médias et qui soulève la colère des réfugiés politiques victimes du régime de Duvalier. Elle effraie aussi certaines personnes qui ont bien connu Minville à l'époque: pourquoi ce cauchemar vivant réapparait-il dans leur vie aujourd'hui?

    Ce roman est hybride, il mélange science fiction, thriller, vaudou et histoire politique d'Haïti avec talent. Si on ne retrouve pas les zombies annoncés dans le titre, on n'en aura pour autant pas moins froid dans le dos. La tension est croissante au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue et on est surpris d'être confronté à une telle sauvagerie. On imagine certes bien que les personnages des tontons macoutes ne sont pas des enfants de choeur, mais leur mépris pour la vie d'autrui nous laisse quand même bouche bée d'horreur. 

    Stanley Péan a su mettre son canevas en valeur dans une atmosphère de musique jazz passionnée et de cafés-concerts enfumés, où la violence et la sensualité s'entrelacent (il y a quelques passages abondamment explicites), le tout combiné en un roman captivant.

  • La femme parfaite

    Catégories : Livres

    Il y a quelques années, Norberte Loquace, ma soeur chérie, m'offrait le DVD de Florence Foresti et de ses sketches à la Cigale. Elle avait vu le spectacle et le final lui avait grandement fait penser à sa petite soeur...

    En effet ami lecteur, s'il y a une femme avec laquelle j'ai beaucoup joué dans mon enfance, c'est bien Barbie! Alors oui, j'aimais les Chevaliers du Zodiaque et je faisais du judo, mais ça ne m'empêchait pas d'adorer la blondinette de 29 cm de haut (c'est ainsi, je cultive le paradoxe). Ça frisait même le pathologique cette relation, je ne demandais que des Barbies pour Noëls et anniversaires, et cet univers prenait tellement de place dans la maison familiale que mon père m'avait installé deux étagères métalliques sur le pallier précédant le grenier de notre maison.

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    "Tiens bichette (oui mon père m'appelle bichette, et alors?), avec deux comme ça, tu auras de quoi installer Barbie City. Merci de te restreindre à cet espace uniquement, débordement dans la chambre interdit!"

    Dans cet espace de dévotion régnait un grand délire: une des armoires faisait office de manoir pour la Barbie favorite (Barbie Happy Holiday 1989 qui coûte la peau des reins aujourd'hui / Le manoir offrait: lit à baldaquin, baignoire, dressing n'ayant rien à envier à celui de Carrie Bradshaw, jardin d'hiver...), et la deuxième se divisait en lofts pour les autres Barbies. Ah oui, j'avais aussi des Perles, l'alter ego franchouillard de Barbie, mais comme je les trouvais moins à mon goût, elles bossaient comme femme de ménage pour Barbie (je sais, ça s'appelle de la discrimination et c'est laid, mais que veux-tu ami lecteur, les enfants sont parfois cruels). La vie de la petite communauté était rythmée par le shopping, les balades en décapotable rose avec les copines ou en calèche avec Ken, les parties de tennis (oui, j'avais même un terrain de tennis) et les soirées arrosées au Kir Framboise: la représentation de la futilité en somme. Cela dit, quand j'étais d'humeur maussade, il pouvait y avoir un meurtre au Manoir Barbie et Miss Marple venait enquêter.

    Digression: Agatha Christie est elle aussi une femme qui a marqué ma jeunesse. J'ai dû lire mon premier roman d'elle vers les neuf ans, "La maison biscornue", je m'en souviens encore, il était un peu glauque celui-là. D'ailleurs quand je vois quelques secondes d'une adaptation TV de Dame Christie, je peux non seulement l'identifier, mais en plus déterminer s'il s'agit d'un Miss Marple ou d'un Hercule Poirot. Après démonstration l'autre jour, Angélas m'a dit qu'il ne savait pas s'il devait trouver ça impressionnant ou juste flippant...

    Tu te demandes sans doute, ami lecteur, pourquoi je te parle de ça aujourd'hui. C'est en fait suite à la lecture de cet ouvrage:

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    "La femme parfaite: Histoire de Barbie" par Nicoletta Bazzano, Éditions Naïve, 2009

    Nicoletta Bazzano est chercheuse en histoire moderne et contemporaine à l'université de Teramo en Italie. Son livre retrace l'histoire de Barbie, de sa naissance américaine inspirée par une "grande soeur" allemande à ses dernières actualités, en relatant les plus importantes mutations de la mythique poupée blonde.

    C'est un ouvrage très intéressant pour toutes les femmes qui ont aimé Barbie étant enfant mais pas seulement. La petite histoire de Barbie est aussi le reflet, à travers ses évolutions, de la grande histoire; et ça l'auteur le décrypte très bien: la place de la femme dans la société durant les 50 dernières années, la fin de la ségrégation raciale aux États-Unis, les bouleversements économiques... Le livre est très complet.

    Alors qu'ai-je appris de cet ouvrage concrètement?

    Barbie a été inspirée par Lilli, d'abord personnage sexy de bande dessinée du Bild Zeitung, puis poupée tendance fétichiste produite à partir de 1950 (si elles étaient produites aujourd'hui, dans l'esprit, on pourrait les rapprocher des figurines de Manara).

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    La créature papier, la créature plastique, ce que m'inspire cette dernière...

    En fait après ça, j'ai mieux compris pourquoi Angélas avait vu des Barbies SM en vitrine des sex-shops quand il était en formation à Hambourg il y a quelques années...

     

    Les prénoms Barbie et Ken sont les diminutifs de Barbara et Kenneth, les enfants de Ruth Handler, la maman de Barbie, ça laisse perplexe quant au respect de la morale et des bonnes moeurs, non?

     

    J'ai également mieux compris l'épisode des Simpsons dans lequel Lisa désapprouve les phrases prononcées par la nouvelle Malibu Stacy.

    Une Barbie parlante sort sur le marché en 1968 (Barbie Malibu paraît quelques années plus tard) et éructe les six phrases suivantes:

    - Qu'est-ce que je vais mettre pour la fête?

    - J'ai un rendez-vous ce soir.

    - Tu veux aller faire les boutiques?

    - Stacey et moi prenons le thé.

    - Faisons une fête costumée!

    - J'adore être mannequin!

    Édifiant pas vrai?

     

    Si Barbie a cartonné dès ses premiers jours au pays de l'Oncle Sam, elle a eu beaucoup de mal à se faire une place au soleil en Europe. Elle traverse l'Atlantique au début des années 70, mais le Vieux Continent, encore meurtri par la Seconde G.M., voit d'un très mauvais oeil cette "vestale du consumérisme" qui coûte cher à l'époque et à laquelle il faut toujours acheter plus de vêtements et d'accessoires. La greffe ne prendra qu'à la fin de la décennie, une fois que Mattel produira une poupée meilleur marché.

     

    Barbie souffre de monomanie chromatique. Elle voit la vie en rose, couleur féminine par excellence, elle mène une vie insouciante. Son existence est parfaite et chaque petite fille peut adapter l'univers de la poupée selon ses propres idéaux. En fait Barbie, c'est "Second Life" avant l'heure.

     

    Barbie est le stéréotype de l'éternel féminin: elle est grande, mince, a de longues jambes fuselées et une forte poitrine, un joli teint de pêche, de beaux cheveux blonds et des yeux couleur lagon. Ce qui n'est qu'un jouet a pourtant contaminé l'idéal de beauté de plusieurs générations de petites filles blanches. Il n'y a qu'à voir le nombre de femmes qui se teignent les cheveux en blond platine (avec de belles racines noires, c'est tellement élégant), font des U.V. à outrance, pratiquent des régimes dangereux pour absolument garder une taille 36, se font poser des nichons en silicone...

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     Cindy Jackson, 30 opérations de chirurgie esthétique pour ressembler à (Amanda Lear?) Barbie

    Pourtant les grandes séductrices dont l'histoire a retenu le nom n'étaient pas précisemment des beautés de type scandinave: Cléopâtre, Sarah Bernhardt, Catherine II de Russie ou encore Colette faisaient des ravages avec un physique atypique, une intelligence très vive et une forte personnalité.

    Pour en revenir au livre de Nicoletta Bazzano, il comporte encore beaucoup d'autres choses intéressantes que je te laisse découvrir par toi-même si tu le souhaites ami lecteur.

    Personnellement, je suis en accord avec la plupart des analyses de l'auteur, mais je ne condamne pas aussi fermement qu'elle la poupée, qui entamerait selon elle la fin de son règne. Il est vrai que la créature de base est un peu évaporée mais je crois au potentiel de la petite fille (ou du petit garçon d'ailleurs, chacun fait ce qui lui plait) à dépasser l'image "glacée" et à faire de Barbie une amie qui lui corresponde.

    D'ailleurs je n'ai personnellement jamais eu envie de ressembler à ma mini copine blonde. Ma femme idéale était, et est toujours, certes belle, mais brune aux yeux marrons, intelligente, sarcastique, intrépide, douée pour la chimie comme pour les arts martiaux, elle conduit un bolide (une Lotus Elan), aime le Champagne et est toujours très bien habillée (souvent par Courrèges). Si avec ça tu n'as toujours pas trouvé...

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    La sublime Diana Rigg alias Emma Peel

    Enfin, après lecture du livre, je me demande s'il serait judicieux d'offrir des Barbies à mes éventuelles futures filles. Je pense toujours que oui, le tout étant de leur laisser le choix de leurs préférences, qu'elles aillent vers des Barbies, des Playmobils ou des voitures Majorette (Oups, j'ai cité plein de marques: tant pis). Il faut dire aussi qu'il y a une grosse malle qui les attend chez mes parents, ces derniers me rappelant régulièrement son existence, qui leur constituera un joli patrimoine de départ. Qui plus est, avant de rédiger cet article, je me suis un peu mise à la page sur l'univers de la blonde, et j'ai beau avoir 30 ans, il y a quand même quelques spécimens qui m'ont tapé dans l'oeil...

     

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    Barbie en Scarlett O'Hara dans ma robe préférée, celle qu'elle se taille dans ses rideaux pour aller dragouiller Rhett Butler dans l'espoir de lui taxer de la thune, même que ça ne marche pas. J'adore ce film.

     

    Pour finir, n'oublions pas que Barbie a donné naissance à une profusion de produits dérivés, dont un mirifique jeu vidéo que le Joueur du Grenier a commenté dernièrement. Je te laisse savourer cette petite vidéo ami lecteur et te dis à à bientôt!